3ème édition des Universités de l’AGET : Bâtir des champions nationaux avec audace

La 3ᵉ édition des Universités de l’Association des Grandes Entreprises du Togo (AGET), tenue le 22 octobre 2026 à Lomé, a porté sur le thème : « Le temps de l’audace : bâtir des champions nationaux, un choix stratégique pour le Togo ». Les échanges ont mis l’accent sur quatre leviers : la fiscalité, l’énergie, le financement et la décentralisation. La rencontre s’est achevée sur l’engagement de l’AGET à élaborer une feuille de route à transmettre au gouvernement pour concrétiser les recommandations.

Pour sa grande première depuis son élection au poste de président de l’AGET en juin 2026, Charles Kokouvi Gafan, a planté le décor de cette 3ème édition des Universités, en déclarant que le Togo doit franchir un nouveau palier. « Notre environnement économique évolue rapidement. Les marchés s’ouvrent, la concurrence s’intensifie et l’intégration africaine avec la ZLECAf s’accélère », a-t-il martelé. Pour l’Association des Grandes Entreprises du Togo, l’ambition est claire : faire émerger des entreprises togolaises capables de grandir, d’innover, d’investir et de conquérir les marchés africains. « Nous ne demandons pas de privilèges », a indiqué Charles Kokouvi Gafan. « Nous voulons créer les conditions permettant aux entreprises qui ont l’ambition et le potentiel de grandir et de rayonner au-delà de nos frontières », a-t-il laissé entendre.

La directrice de cabinet du ministère des Finances et du Budget, représentante du ministre Barcola à cette cérémonie, en ouvrant officiellement les travaux, a déclaré : « Doubler le niveau de vie des Togolais à l’horizon 2040, objectif cardinal de la Feuille de route 2026-2031, ne se décrètera pas. Il se construira. Notre stratégie à l’horizon 2031 ne vise pas à étouffer l’activité, mais à la formaliser. Il ne s’agit pas de prélever plus sur les mêmes, mais de prélever mieux et plus juste sur tous. Une fiscalité incitative, numérique, qui récompense le risque entrepreneurial. ».

« Protéger, Rassembler, Transformer »

Après la présentation de l’analyse macroéconomique et sectorielle du pays par Tchamdja Ahodo, Directeur Général des Etudes et Analyses Économiques, un keynote speech sur la fiscalité a été assuré par Jonas Daou. Le PDG du Groupe ZENER a plaidé pour une innovation fiscale fondée sur la simplification, la confiance, la digitalisation et des incitations adaptées aux secteurs productifs. Selon lui, la croissance des recettes n’a pas suffi à créer assez d’emplois (taux d’emploi stable autour de 57%), et la meilleure réponse fiscale consiste à multiplier les entreprises solides plutôt qu’à prélever davantage sur celles déjà imposées.

Il a fondé son argumentaire sur trois mots clés : protéger, rassembler, transformer. Il a insisté sur l’action de protéger les recettes publiques qui financent les fonctions essentielles de l’État, sans fragiliser la trésorerie ni la pérennité des entreprises.

Il a relevé l’importance de rassembler autour de quatre piliers : la simplification d’un corpus alourdi par des notes et procédures additionnelles qui pénalisent les PME, la réduction des interactions inutiles par la numérisation (exemple de l’Estonie où les déclarations sont largement préremplies, avec 99% des entreprises qui utilisent les services fiscaux numériques), la technologie devant supprimer la manipulation de la paperasse sans « automatiser l’injustice », l’équité (pénalités réduites de moitié, droit à la correction, plafonnement, consignation des sommes contestées à la Caisse de dépôts et consignations, fonctionnement effectif des deux organes de recours fiscal et douanier) ; la lutte contre la corruption.

Il a également parlé de transformer en adaptant la fiscalité aux ambitions économiques : incitations ciblées pour l’industrie, l’agriculture et les secteurs d’avenir, à l’image du crédit d’impôt à l’investissement manufacturier de l’Île Maurice (jusqu’à 45% sur trois ans), et traitement adapté des start-up et fintechs. Il s’agit de lier avantages et investissements, soutien à la transformation locale et performance mesurable. Pour conclure, l’ancien président de l’AGET a fait huit propositions, reprises dans le pacte fiscal exposé en clôture.

Trois panels riches en échanges

Trois panels ont meublé les travaux. Le premier consacré à la souveraineté énergétique, a aussi marqué le public, en raison du contexte actuel. En effet, l’énergie est le premier poste de coût de l’industrie : le prix du KWh conditionne la compétitivité des usines face à leurs concurrentes de la région. Les échanges ont porté sur le passage d’une consommation subie à une stratégie d’achat et d’autonomie. Les industriels ont plaidé pour l’autoconsommation, des tarifs préférentiels pour les entreprises à fort potentiel et un mix énergétique diversifié par l’investissement dans le Partenariat Public-Privé. La sécurisation de l’approvisionnement a été présentée comme une condition de l’investissement productif.

Le second panel a porté sur les marchés de capitaux et les financements alternatifs : sortir du 100% bancaire. Le panel a exploré les sources complémentaires au crédit bancaire : BRVM, fonds d’investissement, capital-investissement et obligations vertes. Il a été rappelé que la dépendance au financement bancaire borne la croissance des entreprises et que les ressources longues, adossées aux fonds propres, sont indispensables aux champions nationaux. Les institutions de financement du développement (SFI, AFD, Proparco) ont présenté leur rôle d’accompagnement et d’investissement ; l’intervention de Michael Tapsoba de Proparco a nourri la réflexion sur la mobilisation de ressources de long terme au profit des entreprises à fort potentiel. Les échanges ont convergé vers la vulgarisation de l’accès aux marchés financiers et la structuration du capital-risque local.

Enfin, le dernier panel a touché la décentralisation de la croissance, en faisant des communes un moteur de l’industrialisation nationale. Le panel a défendu l’idée que l’émergence se joue aussi dans l’énergie des territoires, les collectivités constituant un passage obligé pour toute industrialisation. Les représentants du gouvernement ont exposé les orientations nationales en matière d’investissement et de développement local, les maires, les atouts et attentes de leurs communes. Des zones industrielles aménagées en PPP, des pôles de compétences locaux et une meilleure articulation entre politiques nationales et stratégies locales ont été mis en avant une fiscalité locale incitative.

A la fin des travaux, des recommandations ont été formulées par l’AGET. « Fiscalité : un pacte fiscal en huit décisions clés (simplification du corpus, moratoires, réduction des pénalités, recours à l’IA, fiscalité sectorielle) pour protéger, rassembler et transformer ; Énergie : incitation à l’autoconsommation industrielle, tarifs préférentiels pour les champions nationaux, diversification du mix énergétique en PPP ; Financement : vulgarisation de l’accès aux marchés financiers régionaux, structuration du capital-risque local, développement d’instruments alternatifs (crowdfunding, leasing, factoring, titrisation). Décentralisation : communes comme moteur d’industrialisation, par une fiscalité incitative, des zones industrielles en PPP et des pôles de compétences locaux », a affirmé Moussa Adoum, Directeur Général de BIA Togo et 2ᵉ vice-président de l’AGET.

Dans son discours de clôture, le président d’honneur de l’AGET, José Symenouh, par ailleurs président de la Chambre de commerce et d’industrie du Togo (CCI-Togo), a appelé à faire du Togo, un berceau de champions nationaux compétitifs à l’échelle continentale. Il a insisté sur la diversification des financements au-delà du crédit bancaire, la maîtrise des coûts énergétiques, l’implication des territoires, ainsi que sur la transparence et la gouvernance des entreprises, la politique fiscale devant encourager l’investissement productif. Il a exhorté le secteur privé à l’audace, au professionnalisme et à une vision au-delà des frontières.

Nicolas EDORH

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