Dr Oni Djagnikpo : « Qu’ils nous payent la totalité de ce qui nous est dû »

L’Association des Médecins Privés du Togo (AMPT), à travers son président, Dr Oni Djagnikpo, dans une interview accordée à notre rédaction, fait un tour d’horizon de l’actualité dans le domaine de la santé, notamment la suspension du tiers payant dans les formations sanitaires privées. Lecture !

L‘AMPT vient de renouveler ses instances. Pourquoi était-il important, pour ce nouveau bureau, de commencer par rencontrer les autorités et de présenter une nouvelle feuille de route ?

Comme membres du nouveau bureau élu de l’association des médecins privés du Togo, nous avions le devoir de nous annoncer, de nous faire connaître mais aussi de relayer auprès des autorités les desideratas de nos membres compris dans la feuille de route du mandat. Cette démarche permet aussi aux autorités de se familiariser avec les nouveaux membres du bureau et de partager avec nous les priorités actuelles, la vision pour le domaine de la santé et les attentes qui sont les leurs à notre égard.

⁠Quelle est aujourd’hui votre vision du rôle des médecins privés dans le système de santé togolais, notamment dans le contexte de la généralisation de l’Assurance Maladie Universelle ?

Le but principal de l’Assurance maladie universelle au Togo où ailleurs est de permettre à chaque patient d’avoir des soins de santé de qualité sans crainte de ce qu’il aura à payer. Pour y arriver, le (médecin du) privé qui s’occupe de plus de la moitié de l’offre de soins doit mettre tous ses moyens à la disposition de la population. Ceci passe par le respect des textes réglementaires et des normes puis la franche collaboration avec les structures étatiques et les institutions de la République.

Parmi les difficultés que vous rencontrez, la question des paiements de vos factures par les organismes d’assurance semble particulièrement préoccupante. De quoi s’agit-il concrètement ?

Vous avez effectivement mis le doigt sur un sujet particulièrement sensible. Dans le cadre du tiers payant, l’assuré s’acquitte de la part qui lui revient lorsqu’il reçoit les soins, tandis que le prestataire attend de l’organisme assureur le règlement de la part prise en charge, conformément aux conditions et aux délais convenus. Or, nous constatons aujourd’hui que ces règlements interviennent, dans un certain nombre de situations, bien au-delà des délais prévus dans la convention.

Pour une clinique ou un cabinet, cela crée une tension importante sur la trésorerie. Pourtant, pendant que nous attendons le règlement de nos prestations, nous devons continuer à payer nos salariés, nos fournisseurs, nos charges, nos crédits et à assurer la continuité des soins. Le problème n’est donc pas simplement comptable : lorsque les retards deviennent importants et récurrents, ils fragilisent directement le fonctionnement des structures de santé.

On parle parfois de quelques semaines, mais également de plusieurs mois d’attente. Quelle est aujourd’hui la réalité vécue par les formations sanitaires privées et que représente concrètement un retard de paiement de plusieurs mois pour une clinique privée ?

Pour être tout à fait transparents, certaines structures nous déclarent encore détenir des créances datant de 2020 ou 2021 auprès de certains organismes d’assurance. C’est une situation particulièrement préoccupante lorsqu’en 2026 des établissements de santé doivent encore réclamer le règlement de prestations réalisées plusieurs années auparavant. Nous poursuivons actuellement le travail de consolidation de ces données avec les structures concernées.

À la fin du mois d’août 2026, sur un premier échantillon de dix cliniques et cabinets, les créances déclarées atteignaient près de 250 millions de francs CFA, soit près d’un quart de milliard, dont environ 95% auprès de compagnies d’assurance privées. Derrière ces chiffres, il y a surtout une réalité très concrète. Une clinique doit continuer à payer ses salariés, ses fournisseurs, ses charges et ses crédits, même lorsqu’une partie importante de ses prestations reste impayée pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. Pour certaines structures, cette situation compromet aujourd’hui leur capacité à fonctionner normalement et menace leur continuité d’exploitation.

Que demande précisément l’AMPT aux organismes d’assurance ?

Notre demande est vraiment simple : qu’ils nous payent la totalité de ce qui nous est dû. Les prestataires de soins ont réellement soigné les assurés, mobilisé leur équipes, leurs équipements, leurs ressources, et ils attendent d’être payés. Si ceci n’est pas le cas, qu’on nous le dise. S’ils ne peuvent pas tout payer en même temps, qu’elles le signalent et qu’elles planifient avec nous un calendrier acceptable d’apurement de leurs dettes. Nous ne cherchons pas le conflit. Nous cherchons une solution durable qui permette à chacun de remplir ses obligations. 

Vous avez récemment été reçus par le ministre de la Santé. Quelles ont été les principales préoccupations portées par l’AMPT et quelles suites souhaitez-vous donner à cette rencontre ?

Nous remercions notre ministre de tutelle pour nous avoir accordé cette audience malgré ses multiples occupations. Nous lui avons parlé de la promotion de la santé, de la carte sanitaire, de l’accès universel aux soins, de la lutte contre l’exercice illégal mais aussi des difficultés de l’exercice de l’art médical dans le secteur privé (assurances, fiscalité, absence de subvention…). Il nous a remercié et nous a assuré de sa constante disponibilité pour l’amélioration de notre secteur. Nous allons maintenir le dialogue et la collaboration afin d’atteindre les objectifs fixés.

Votre mot de fin

La santé est notre préoccupation à tous et nous avons le devoir de garder notre population en bonne santé.  Le secteur privé des soins veut et va jouer son rôle auprès des autorités du pays pour y arriver.  Les membres du nouveau bureau sont heureux du choix des collègues et vont continuer de jouer leur rôle : représenter les médecins du privé, servir de canal entre les collègues et les autorités, servir de garant de la qualité des soins délivrés. Nous souhaitons que les difficultés financières auxquelles certaines structures sont aujourd’hui confrontées ne viennent pas fragiliser durablement leur capacité à assurer leur mission de soins, réduisant ainsi l’accès universel aux soins qui est cher au coeur de nos autorités. Notre message est donc simple : nous sommes disponibles pour le dialogue, ouverts aux solutions et déterminés à continuer à servir la population avec professionnalisme et responsabilité.

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