Les projets de la CCI-Togo pour renforcer les échanges avec la Russie

Dans le cadre de la 1ère session de la Commission mixte intergouvernementale de suivi de l’Accord de partenariat entre la République togolaise et la Fédération de Russie, une délégation de la mission économique russe a été reçue, mardi 29 septembre 2026 à Lomé, par les responsables de la Chambre de commerce et d’industrie du Togo (CCI–Togo). Cette rencontre vise à poser les bases d’un partenariat économique plus étroit avec un accent particulier sur les investissements, les échanges commerciaux, les partenariats entre entreprises et le transfert de technologies.

Pour le président de la CCI-Togo, Dr José Symenouh, les relations historiques entre le Togo et la Russie doivent désormais franchir une nouvelle étape. « Nos deux pays entretiennent depuis plusieurs décennies des relations d’amitié et de coopération. Mais nous sommes aujourd’hui appelés à franchir une nouvelle étape », a-t-il déclaré, appelant à faire évoluer cette relation vers « davantage de commerce, davantage d’investissements, davantage de partenariats entre entreprises et davantage de création de valeur ».

Cette orientation s’inscrit dans le prolongement de la rencontre de haut niveau entre les dirigeants togolais et russes à Moscou, en novembre 2025. Cette rencontre avait notamment traduit la volonté de renforcer la coopération dans les domaines diplomatique, commercial, économique et du capital humain, ainsi que d’accélérer la mise en place des travaux de la Commission intergouvernementale.

Devant la délégation russe, le président de la CCI-Togo a présenté les atouts économiques et géographiques du pays. Avec près de 9,5 millions d’habitants, une croissance réelle estimée à environ 5,9 % en 2025 et un PIB courant proche de 11,8 milliards de dollars, le Togo entend consolider sa position dans les échanges régionaux. Membre de l’UEMOA, de la CEDEAO et de l’OHADA, et partie prenante de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), le pays entend se positionner comme une porte d’entrée vers un marché ouest-africain de plus de 460 millions d’habitants. Le Port autonome de Lomé constitue à cet égard un atout stratégique pour le commerce maritime, le transit et la desserte des marchés de l’hinterland. La CCI-Togo mise également sur les investissements consacrés aux infrastructures de transport et de logistique pour renforcer cette vocation de hub régional.

Dépasser le cap des échanges traditionnels

La CCI-Togo souhaite désormais que les relations commerciales avec la Russie dépassent le cadre des échanges traditionnels. En 2024, les importations togolaises en provenance de la Fédération de Russie se sont élevées à environ 97 millions de dollars, soit 3,3% des importations totales du Togo. Les engrais occupent une place importante dans ces échanges.

Pour Dr José Symenouh, ces données démontrent qu’un courant commercial existe déjà et qu’il peut être élargi à de nouveaux secteurs. « Nous ne souhaitons pas seulement vendre et acheter ; nous souhaitons produire ensemble », a-t-il souligné.  L’ambition affichée est de voir davantage de produits togolais accéder au marché russe, tout en permettant aux entreprises russes d’utiliser le Togo comme plateforme pour développer leurs activités en Afrique de l’ouest.

Les secteurs identifiés comme prioritaires comprennent notamment l’agriculture et l’agro-industrie, les mines, l’énergie et les ressources naturelles, les infrastructures, le transport, la logistique, l’industrie manufacturière, le numérique, les technologies, la santé, ainsi que la formation professionnelle et le développement des compétences.

Dans cette perspective, la CCI-Togo propose l’examen d’un Accord de coopération et de partenariat avec la Chambre de commerce et d’industrie de la Fédération de Russie. Cet accord pourrait constituer un cadre permanent de coopération entre les deux communautés d’affaires. Il porterait notamment sur l’échange d’informations économiques et commerciales, la mise en relation des entreprises et des investisseurs, l’organisation de missions économiques et de rencontres B2B, la participation aux foires et forums, la promotion des investissements et des partenariats industriels. La coopération pourrait également concerner les normes, la certification, l’origine des marchandises, la logistique, le transport, la formation, l’innovation et le transfert de technologies.

La CCI-Togo propose par ailleurs la création d’un Conseil d’affaires Togo-Russie, qui servirait d’espace permanent de dialogue entre les entrepreneurs des deux pays.

Des projets présentés aux investisseurs russes

La rencontre a également permis à la CCI-Togo de présenter plusieurs projets susceptibles d’intéresser les opérateurs économiques russes. Le premier concerne l’Académie consulaire des métiers à Adétikopé, destinée à répondre aux besoins en compétences de l’industrie et des entreprises. Son centre de mécanique automobile est pratiquement achevé. La CCI-Togo recherche désormais des partenaires pour renforcer l’équipement des ateliers, favoriser le transfert de technologies et établir des partenariats avec des institutions ou entreprises russes dans la mécanique, la maintenance, les équipements industriels et les métiers techniques.

Le deuxième projet porte sur la gare routière de Sokodé. La CCI-Togo souhaite en faire une véritable plateforme de mobilité et de services, intégrant l’organisation des flux de voyageurs et de véhicules, la sécurité, le transport interurbain, le stationnement, la restauration, la maintenance, la billetterie et les services numériques. La Chambre se dit ouverte à des partenariats portant sur la conception, la construction, l’équipement, la gestion, la digitalisation ou l’exploitation de cette infrastructure.

Le troisième projet est celui de l’AgriTech d’Agbelouvé, conçu comme un pôle associant agriculture et technologie. Le projet ambitionne de créer un espace d’innovation, de formation, de recherche appliquée et de mise en réseau destiné notamment aux jeunes entrepreneurs agricoles. Mécanisation, irrigation intelligente, digitalisation, expérimentation variétale, stockage, transformation et suivi des exploitations pourraient y être développés. Pour la CCI-Togo, ce projet représente une opportunité de coopération technologique et d’investissement avec des partenaires étrangers, notamment russes.

Enfin, la CCI-Togo porte un projet de parking structuré au centre-ville de Lomé. L’infrastructure vise à répondre aux difficultés croissantes de stationnement et à contribuer à améliorer la mobilité, la circulation, la sécurité et l’attractivité commerciale du centre-ville. Le projet pourrait intégrer des services, des commerces et des espaces professionnels et être réalisé dans le cadre d’un partenariat public-privé, d’une concession ou d’un investissement privé.

De son côté, le chef de la délégation de la mission économique russe, Petrov Maxim, a indiqué que les opérateurs russes entendaient s’appuyer sur leur expérience au Nigeria pour développer des partenariats au Togo. « Nous sommes au Nigeria depuis trois ans et nous allons tirer des conseils de ce que nous faisons là-bas pour créer des partenariats aussi ici », a-t-il expliqué. Il a insisté sur la volonté de développer des relations fondées sur des bénéfices mutuels, avec un intérêt particulier pour les nouvelles technologies, l’agriculture, l’énergie et d’autres secteurs. La délégation russe s’est notamment déclarée intéressée par le projet porté par la CCI-Togo à Adétikopé et favorable à la formalisation d’un cadre de coopération avec la Chambre.

La mission économique russe présente à Lomé est composée d’acteurs issus de plusieurs secteurs, notamment l’informatique, la banque, l’agriculture et la production d’engrais, le transport et la logistique, les infrastructures, les ponts et chemins de fer ainsi que l’aéronautique. A travers cette rencontre, la CCI-Togo entend ainsi faire évoluer les relations entre Lomé et Moscou vers des collaborations davantage orientées vers les entreprises et les projets.

« Nous ne voulons pas seulement accueillir des investisseurs ; nous voulons construire avec eux », a déclaré Dr José Kwassi Symenouh, insistant sur la nécessité de rechercher non seulement des financements, mais également des compétences, des technologies, des équipements et des modèles économiques. L’objectif affiché est de faire du Togo un espace où les partenariats russo-togolais peuvent produire, créer de la valeur, former les jeunes et rayonner vers les autres marchés de l’Afrique de l’ouest.

Yao KPOWOADAN

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