SUNU Bank Togo : L’heure de vérité

Confrontée à une situation économique et sociale qui n’a jamais été aussi délicate depuis le rachat de l’ex-Banque Populaire pour l’Epargne et le Crédit (BPEC), SUNU Bank met à profit l’accalmie pour remettre de l’ordre dans la boîte et peaufine sa stratégie de relance avec une expérience Client plus moderne, des services de proximité et un organigramme réorganisé pour reprendre les choses en main. La tâche s’annonce ardue. Et il faut désormais lever un coin de voile sur les évènements de ces dernières semaines. Analyses.

Jamais situation n’avait auparavant bouleversé la banque depuis son rachat par le groupe SUNU. La procédure de licenciement pour motif économique de 42 employés de SUNU Bank Togo est une épreuve douloureuse. Encore qu’il faudrait remonter la pente pour avoir une radiographie complète de cette affaire désormais connue de tous, sauf dans le sens de « l’histoire de la chasse racontée du seul point de vue du chasseur », pour reprendre l’expression d’un célèbre confrère habitué aux chroniques panafricanistes.

Depuis septembre 2024, il faut le dire, le dialogue entre les délégués syndicaux et les responsables de SUNU Bank s’est souvent heurté à des revendications qui ont entravé le bon déroulement des négociations. Les discussions menées sous la médiation du ministre de l’Economie et des Finances, Georges Barcola et du ministre du Travail, Gilbert Bawara, ont permis d’obtenir, d’une part, une baisse significative du nombre de salariés visés par la procédure de licenciement pour motif économique.

De 105 au départ, ce nombre est passé à 70 dans un premier temps, à 58 après, pour finir sur une liste arrêtée de 42 personnes dont 20 caissiers. « Il ne s’agit pas de punir qui que ce soit. Il s’agit de permettre à la banque de survivre », répétaient les dirigeants de SUNU Bank à chaque round des négociations.

Face à la demande d’aller à un audit indépendant de la banque pour situer les responsabilités en ce qui concerne « les accusations de mauvaise gouvernance », la commission bancaire de l’UMOA a été mandatée pour procéder à un audit qui a abouti à un rapport provisoire, puis définitif, avec des conclusions qui ont été partagées avec les deux ministères concernés. L’essentiel à retenir de ce rapport que nous avons consulté, « c’est le modèle économique de SUNU Bank Togo qui n’est pas viable et qu’il faudrait changer ».

Quid des mesures d’accompagnement ?

Il nous est revenu dans nos recoupements que lors de la notification des courriers aux intéressés que les mesures d’accompagnement (les droits) sont décrites dans lesdits documents, en fonction de l’ancienneté de chaque employé.

S’il est vrai que la décision de licenciement de ces 42 employés est regrettable, il est d’autant plus vrai qu’à aucun moment lors des rencontres des syndicats avec la presse, ni dans leurs émissions, ils n’ont jamais mis à la disposition des journalistes ou montrer à l’opinion publique, ne serait-ce qu’une copie du courrier d’une personne dans le cas, afin de permettre à tout le monde d’être au même niveau d’information. Ces courriers sont soigneusement gardés par les intéressés, alors que les droits calculés au prorata de leur ancienneté, y figurent. La transparence dont devraient faire preuve les syndicats, a alors été soumise à un grand flou de leur part. Au même moment, le communiqué du ministère du Travail publié mercredi parle de « mesures d’accompagnement additionnelles » obtenus de la part des dirigeants de SUNU Bank Togo.

Selon nos indiscrétions, cette procédure de licenciement des 42 employés a coûté plus 600 millions FCFA en termes de droits versés sur les comptes des intéressés. Une information sur laquelle les syndicats ont gardé l’omerta ou refusé de communiquer à ce jour. Pourtant, il est facile pour la banque de vérifier en interne l’état des comptes des personnes concernées et d’’établir une liste actualisée de ceux qui ont touché leurs droits ou vidé carrément leurs comptes dès réception de la notification des crédits.

Une information confirmée par un dirigeant de SUNU Bank le 24 septembre, à l’issue du premier jour de grève : « Chers collègues, merci pour votre massive présence ce jour à vos postes de travail. Grâce à votre coopération et à la compréhension des enjeux, la grève a eu un très faible impact dans le pays. ous rappelons encore une fois que la décision de réaliser un Plan Social au sein de la banque n’a pas été facile à prendre, mais elle était nécessaire pour le bien de la banque, de nos clients, de nos actionnaires et de vous-mêmes. Nous avons depuis septembre 2024 ménagé aucun effort pour essayer d’avoir un dialogue constructif avec le corps social, en vain. Malgré les difficultés que traverse la banque, nous avons procédé au paiement intégral des droits et des mesures d’accompagnement des travailleurs licenciés. A ce jour, la plupart d’entre eux ont d’ailleurs retiré de leurs comptes bancaires l’intégralité de leur solde de tout compte. Nous vous encourageons à rester concentrés et mobilisés pour servir nos clients, tout en restant fidèles aux valeurs d’intégrité prônés par le Groupe SUNU ».

Dans les clarifications du ministre du Travail, l’on note que les services compétents de l’Etat se sont engagés à veiller au respect scrupuleux de tous les droits légaux reconnus aux travailleurs concernés, mais aussi à l’application de mesures d’accompagnement obtenues dans le cadre des efforts de dialogue et de conciliation menés par les deux ministères.

Et maintenant ?

Après la grève des 24 et 25 septembre 2025 des agents des banques et assurances, il est important de faire le point à tous les niveaux. Du côté des délégués syndicaux, le temps est à une seule revendication : « l’annulation de la décision de licenciement et le retour sans délai et sans condition des camarades licenciés à leurs postes respectifs. A défaut, difficile de répondre des conséquences préjudiciables au bon fonctionnement du secteur par l’obstination éventuelle de SUNU Bank à maintenir sa position ».

Sauf que, sur la liste des 42 employés, nous avons appris que plusieurs sont allés toucher les droits versés sur leurs comptes, certains ayant carrément tout pris. Par ailleurs, le tour des médias entrepris par les délégués syndicaux, pendant que les discussions se poursuivaient avec les deux ministres et les responsables de SUNU Bank Togo, n’a pas arrangé les choses.

« Comment peuvent-ils aller salir la réputation de la société dans laquelle ils travaillent ou ont travaillé, en racontant des contre-vérités ? Comment peuvent-ils nuire à la bonne image de la banque dans laquelle ils travaillent ? Pire, ce sont les délégués syndicaux eux-mêmes qui sont allés détruire l’image de la banque », s’interrogent certains observateurs. « Comment faire tout ça et plaider au même moment pour leur réintégration dans l’institution qu’ils ont vilipendé partout sur les médias et dans l’opinion ? Par quelle alchimie cela serait-il possible ? », se demandent d’autres.

A l’analyse de ces informations, il est clair qu’il y a beaucoup de non-dits dans ce dossier, notamment du côté des responsables syndicaux qui n’ont pas joué la carte de la transparence sur le payement des droits et mesures d’accompagnement.

La question des crédits ou prêts contractés par les 42 employés et s’élevant à la somme de 444 millions FCFA serait l’autre revendication posée sur la table à l’encontre des responsables de SUNU Bank Togo et sur laquelle les délégués syndicaux n’ont pas bronché sur les médias.

A suivre…

Nicolas EDORH

Partager cet article
Articles en relation

La Nouvelle Tribune

Hebdomadaire togolais d’investigaton, d’analyses et de publicité.

Adresse : Djidjolé  | +228 91 90 48 04  |  contact@lanouvelletribune.tg

Récépissé N°0546/31/05/16/HAAC

Abonnez-vous à notre newsletter

Copyright © La Nouvelle Tribune

error: Contenu protégé !!