L’Ordre national des médecins du Togo (ONMT) a tenu, le samedi 17 octobre 2026 à Lomé, une Assemblée générale extraordinaire consacrée notamment à la validation de son plan stratégique 2026-2030. Doté d’un budget prévisionnel de 2,928 milliards de FCFA, ce plan quinquennal ambitionne de renforcer la gouvernance de l’Ordre, d’améliorer la qualité des soins et de lutter contre l’exercice illégal de la profession médicale.
Ce document constitue une feuille de route pour les cinq prochaines années. Il vise à consolider le rôle de l’ONMT dans l’encadrement de l’exercice médical, la promotion de l’éthique professionnelle et la protection des patients sur l’ensemble du territoire national.
Le plan stratégique 2026-2030 s’articule autour de quatre axes prioritaires. Le premier concerne le renforcement de la gouvernance, du cadre institutionnel et des mécanismes de mobilisation des ressources de l’Ordre. Le deuxième porte sur l’amélioration de sa visibilité, de sa notoriété et de son positionnement institutionnel. Le troisième axe vise à renforcer la satisfaction, l’engagement et l’inclusion des médecins, tandis que le quatrième entend promouvoir un exercice légal, éthique et de qualité de la profession médicale.
Pour atteindre ces objectifs, trois projets phares ont été retenus, la construction d’un Centre d’écoute médicale (CEM), l’installation des jeunes médecins dans les communautés (IJMC) et la lutte contre l’exercice illégal de la profession médicale au Togo. Parmi les projets annoncés figure la construction d’un Centre d’écoute médicale au sein du futur siège de l’Ordre. Cette infrastructure devrait notamment abriter un dispositif d’intermédiation entre soignants et patients, une chambre de discipline ainsi que des espaces dédiés à la promotion des bonnes pratiques de santé et au bien-être.
Selon le président de l’ONMT, le professeur Anthony Katanga Beketi, l’Organisation ouest-africaine de la santé (OOAS) a prévu un financement destiné à soutenir la construction de ce centre. « Cela ne peut se faire qu’au sein du siège de l’Ordre, car c’est là que les patients viennent exprimer leurs préoccupations et leurs frustrations concernant la qualité des soins ou les comportements déplacés dans la relation de soins », a-t-il expliqué.
Le Centre d’écoute médicale devrait également disposer d’un espace d’intermédiation permettant aux patients et aux professionnels de santé de discuter des préjudices allégués et de rechercher des solutions adaptées. L’objectif est de favoriser le dialogue et de préserver la relation thérapeutique, en privilégiant, lorsque cela est possible, une approche concertée.
« Nous avons également prévu une salle d’intermédiation pour discuter des dommages causés aux patients, tout ceci afin de préserver la relation de soins. En effet, si c’est la justice qui prend une décision, cela crée un clash entre le patient et le soignant », a précisé le professeur Anthony Katanga Beketi.
D’autres sujets ont également été abordés au cours de cette assemblée générale, notamment l’élaboration d’un guide des certificats médicaux et les difficultés rencontrées par certains magistrats dans l’authentification des actes médicaux. L’ONMT envisage, à cet effet, la mise en place de vignettes destinées à faciliter l’authentification de ces documents.
Le président de l’Ordre a par ailleurs évoqué la prise en compte des cotisations des médecins retraités. La lutte contre l’exercice illégal de la médecine constitue un autre chantier prioritaire du plan stratégique. Le phénomène préoccupe les responsables de l’Ordre, qui souhaitent renforcer les mécanismes de contrôle et garantir aux populations un accès à des soins dispensés dans le respect des normes légales et professionnelles.
Consultant sur le projet de lutte contre l’exercice illégal de la profession médicale, le Dr Sama-Tchindo Marius Essodina a présenté les grandes orientations de cette initiative. Selon lui, le projet vise à améliorer la qualité des soins tout en renforçant les conditions d’exercice de la profession. Il repose sur trois axes principaux à savoir, le renforcement de la gouvernance et de l’application des textes réglementaires ; la lutte contre les structures illégales, accompagnée de l’appui à la régularisation des structures éligibles ; et le renforcement de l’information des populations sur les risques liés à l’exercice illégal ainsi que sur les voies de recours disponibles.
Le consultant a également alerté sur l’ampleur du phénomène au Togo. « Sur environ 2 100 structures, il y a environ 1 300 structures privées parmi lesquelles seulement 300 sont agréées. Donc, environ 1 000 centres de structures de soins ne sont pas autorisés mais fonctionnent », a-t-il indiqué. Face à cette situation, l’ONMT prévoit de renforcer la veille régionale, de mettre en place un dispositif structuré d’alerte et de signalement, d’identifier et de traiter les cas d’exercice illégal, mais aussi de consolider le fonctionnement de la chambre disciplinaire. Des campagnes nationales de sensibilisation sont également envisagées afin de mieux informer les populations et les professionnels sur les exigences légales et déontologiques de la médecine.
Le deuxième projet phare concerne l’installation des jeunes médecins dans les communautés. Il vise à favoriser leur exercice, temporaire ou durable, dans les zones qui en ont besoin, tout en renforçant leurs compétences professionnelles. Cette initiative ambitionne également de contribuer à l’amélioration de l’accès aux soins, notamment pour les populations rurales. Elle s’inscrit dans une perspective de réduction des disparités territoriales en matière de couverture médicale.
Validation du Plan Stratégique 2026-2030
La mise en œuvre du plan stratégique 2026-2030 nécessitera une enveloppe prévisionnelle de 2 928,36 millions de FCFA. Selon la programmation présentée, 57,72 % du budget devraient être mobilisés sur la période 2026-2027, contre 42,28 % pour la période 2027-2030. Le financement reposera sur plusieurs contributions. L’ONMT devrait assurer 55,26 % des ressources, notamment grâce aux cotisations, aux droits d’inscription, aux prestations de services et aux futurs revenus locatifs de son siège. La contribution de l’État togolais est estimée à 3,36 %.
L’OOAS devrait, pour sa part, apporter une contribution de 17,07 %, soit 500 millions de FCFA, destinée à la construction du Centre d’écoute médicale. Les autres partenaires techniques et financiers, notamment les banques, les assurances, les industries pharmaceutiques, les fondations, les ordres professionnels étrangers et les universités, sont également sollicités.
Les données financières présentées mentionnent par ailleurs une contribution de 18,57% pour les autres partenaires techniques et financiers, ainsi qu’une participation de 8,61% du secteur privé, des ordres partenaires, des universités, des fondations et d’autres partenaires.
A travers ce plan stratégique, l’Ordre national des médecins du Togo réaffirme sa mission de régulation de l’exercice médical. Celle-ci comprend notamment la tenue régulière du tableau de l’Ordre, le respect des règles déontologiques, la discipline professionnelle ainsi que la défense de l’honneur et de l’indépendance de la profession. L’institution entend inscrire son action dans le respect de trois valeurs fondamentales, l’éthique et l’intégrité, la responsabilité et la redevabilité, ainsi que l’équité et l’inclusion.
La mise en œuvre effective du plan 2026-2030 sera déterminante pour traduire ces ambitions en résultats concrets. Entre amélioration de la gouvernance, accompagnement des jeunes médecins, dialogue entre patients et soignants et lutte contre les structures non autorisées, l’ONMT affiche sa volonté de contribuer à un système de santé plus sûr, plus responsable et davantage respectueux des droits des patients.
Yao KPOWOADAN









