Suspension de l’aide américaine : L’analyse de Kako Nubukpo

La suspension, le 27 janvier 2025, par le président Donald Trump de l’aide américaine au développement pour trois mois, a provoqué une onde de choc dans le monde, surtout en Afrique, dans les domaines de l’éducation et la santé. L’économiste et ancien ministre togolais, Pr. Kako Nubukpo, a donné son avis sur le sujet le week-end écoulé dans une émission de grande écoute sur une chaîne internationale.

« Ce fut brutal comme annonce et, j’allais dire, un peu excessif. C’est quand même 20 milliards de dollars qui vont vers l’Afrique, normalement en provenance des États-Unis, qui n’arriveront pas cette année », commente, d’entrée, Pr. Kako Nubukpo. Selon lui, il y a les gens qui travaillent dans ces agences d’aide, comme l’USAID, qui se retrouvent au chômage technique, beaucoup d’ONG qui dépendent des financements de l’USAID qui vont se retrouver également à court d’argent et surtout les populations bénéficiaires de cette aide.

« Depuis les programmes d’ajustement structurel du FMI et de la Banque mondiale, plusieurs secteurs, notamment sociaux en Afrique, dépendent quasiment de l’aide publique au développement : la santé, l’éducation. C’est-à-dire que le fonctionnement est assuré par le budget national. Mais pour l’essentiel, les budgets d’investissement dépendent en fait des aides », précise l’économiste togolais.

Relativiser le poids et l’importance de l’aide américaine…

L’ancien ministre de la Prospective et de l’Evaluation des Politiques Publiques indique que l’Afrique exporte à peu près 600 milliards de dollars en termes de recettes d’exportation qui ne sont pas forcément rapatriés. Et en plus, dit-il, la CNUCED nous indique qu’il y a à peu près 90 milliards de dollars chaque année de flux financiers illicites qui quittent l’Afrique en direction du reste du monde. « Donc en net, l’Afrique apporte plus au reste du monde que l’inverse. Et donc, c’est une question au fond de narratif. », déclare-t-il.

« Nous nous sommes complusdans l’acceptation du narratif occidental qui consistait à dire qu’on nous aide. Dans les faits, ce n’est absolument pas vrai. Et comme en plus, nous avons toujours eu des dirigeants qui donnaient l’impression d’aller quémander auprès du reste du monde ce dont ils avaient besoin pour piloter leurs nations, il s’est installé ce narratif. Et donc il est temps d’assumer les fonctions régaliennes des États. On ne peut pas laisser les fonctions régaliennes de l’État aux aléas des flux d’aide publique au développement. Et de ce point de vue, l’annonce américaine peut servir au fond de réveil pour les dirigeants africains qui doivent comprendre qu’ils doivent assumer pleinement la souveraineté économique », ajoute Pr. Kako Nubukpo.

Vers la recherche d’autres partenaires ?

Pour l’économiste togolais, ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui le « Sud global » avec des pays comme la Russie, la Chine, l’Inde, l’Iran et d’autres, vont certainement prendre la place que les Américains sont en train de laisser vide en Afrique. « Et c’est pour ça que, au fond, on a l’impression que l’Occident se tire une balle dans le pied par ce type d’annonce. Au fond, ça accrédite la thèse d’un retrait de l’Occident et ça légitime aussi une montée en puissance des BRICS », conclut-il.

Et donc c’est très intéressant, d’un point de vue géopolitique, de comprendre que ce type d’annonce n’est pas neutre.

Nicolas EDORH

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