Les cimentiers togolais en action pour la neutralité carbone

L’industrie du ciment engage une nouvelle étape dans sa transition vers la neutralité carbone au Togo. Réunis à Lomé du 29 septembre au 1er octobre 2026, les acteurs du secteur participent à un atelier consacré à la mise en œuvre de la Feuille de route 2050 de l’Accélérateur Net Zéro pour l’industrie du ciment au Togo. Organisée par l’Association des cimentiers du Togo dans les locaux de CIMTOGO, dans le cadre d’une initiative de la Global Cement and Concrete Association (GCCA), cette rencontre bénéficie de l’expertise du cabinet Cementis, en collaboration notamment avec l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et le Climate Technology Centre and Network (CTCN) des Nations unies.

L’objectif de ces trois jours de travaux est de passer de la stratégie à l’action. Une feuille de route pour la décarbonation de l’industrie du ciment au Togo a déjà été élaborée. Il s’agit désormais d’en préciser les leviers de mise en œuvre, d’identifier les obstacles à surmonter et de dégager des plans d’action permettant au secteur de réduire progressivement ses émissions de gaz à effet de serre, avec l’ambition d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050.

A l’ouverture des travaux, le Directeur Général de CIMTOGO, Ebenezer Somuah, a rappelé le rôle stratégique de l’industrie du ciment dans le développement du pays. Le ciment est indispensable à la construction des infrastructures, des logements, des écoles, des routes et des ports nécessaires à l’accompagnement de la croissance économique et de l’urbanisation du Togo. Mais cette contribution au développement s’accompagne d’un défi environnemental majeur. « Concilier une croissance économique soutenue avec une réduction ambitieuse des émissions de gaz à effet de serre constitue l’un des plus grands défis de notre génération », a-t-il souligné, insistant sur la nécessité de décarboner l’activité industrielle sans ralentir le développement du pays.

Pour le Directeur Général de CIMTOGO, la phase actuelle de mise en œuvre de la Feuille de route 2050 constitue donc une étape déterminante. Elle traduit, selon lui, un engagement collectif du secteur cimentier togolais à s’aligner sur les objectifs climatiques internationaux. Cette transformation nécessitera toutefois « une innovation systémique, des investissements conséquents et une collaboration étroite entre les secteurs public et privé ».

Quatre leviers majeurs

La stratégie présentée repose notamment sur quatre grands leviers. Le premier concerne l’efficacité énergétique. Il s’agit d’optimiser la consommation d’énergie dans les cimenteries, afin de réduire les besoins énergétiques à la source et, par conséquent, les émissions associées à la production. Le deuxième levier porte sur l’utilisation accrue des combustibles alternatifs et le co-processing industriel. Le recours à des combustibles issus notamment de déchets, doit permettre de réduire progressivement la dépendance aux combustibles fossiles traditionnels. Le troisième axe est celui de la substitution du clinker, composant particulièrement émetteur de CO₂ dans le processus de fabrication du ciment. L’objectif est de remplacer une partie du clinker par des matières premières alternatives présentant une empreinte carbone plus faible.

Enfin, l’industrie entend accélérer le recours aux énergies renouvelables, notamment l’énergie solaire et éolienne, pour alimenter ses opérations industrielles. Laurent Grimmeissen, Managing Partner du cabinet Cementis, a apporté un éclairage technique sur l’origine des émissions liées au ciment. Selon lui, « le ciment n’est pas le vrai pollueur ». C’est principalement le clinker, l’un de ses constituants, qui est à l’origine d’importantes émissions de dioxyde de carbone. La réduction de la proportion de clinker dans le ciment apparaît ainsi comme l’un des moyens les plus directs de réduire l’empreinte carbone du produit final. Il a notamment évoqué l’existence d’un nouveau type de ciment développé en Suisse, susceptible, selon lui, de permettre une réduction des émissions pouvant atteindre 40%, estimant par ailleurs que le Togo dispose de matières premières permettant potentiellement de produire ce type de ciment à un coût économiquement intéressant.

Un autre levier concerne la valorisation des déchets. Les déchets agricoles, municipaux et d’autres origines pourraient être utilisés comme combustibles alternatifs pour la calcination du clinker et de l’argile. Cette approche permettrait à la fois de réduire le recours aux combustibles fossiles et de contribuer au développement d’une économie circulaire. A plus long terme, la capture du carbone constitue également une piste envisagée dans la stratégie de décarbonation du secteur. La transformation de l’industrie cimentière ne pourra toutefois pas reposer uniquement sur les entreprises. 

Ebenezer Somuah a ainsi lancé un appel à un accompagnement accru de l’Etat togolais et de ses différents départements ministériels. L’industrie souhaite notamment renforcer sa collaboration avec le ministère de l’Environnement, des Ressources forestières, de la Protection côtière et du Changement climatique, afin de favoriser la mise en place d’un cadre réglementaire clair et propice à la décarbonation industrielle. Le secteur plaide également pour un environnement plus attractif pour les investissements verts, notamment à travers des incitations fiscales et des mécanismes de soutien capables d’accompagner les investissements technologiques nécessaires à la transformation des cimenteries. La collaboration devra également s’étendre aux acteurs de l’aménagement du territoire, du développement local et urbain, ainsi qu’aux architectes, ingénieurs et autres professionnels de la construction. L’enjeu est notamment d’intégrer davantage les ciments à faible empreinte carbone dans les normes nationales de construction et dans les projets d’infrastructures.

Prenant la parole à l’occasion de l’ouverture officielle de l’atelier, le ministre de l’Environnement, des Ressources forestières, de la Protection côtière et du Changement climatique, Prof. Komla Dodzi Kokoroko, a replacé la démarche dans le cadre des engagements internationaux du Togo. Le ministre a rappelé que le Togo représente moins de 0,04 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Il a cependant souligné la forte vulnérabilité du pays aux conséquences du dérèglement climatique, évoquant son classement au 144ème rang mondial selon l’indice de vulnérabilité climatique de la Notre Dame Global Adaptation Initiative.

Cette situation illustre, selon lui, l’asymétrie entre la contribution relativement faible du Togo au réchauffement climatique mondial et l’ampleur des conséquences auxquelles le pays doit faire face. Malgré des ressources limitées et une contribution marginale aux émissions mondiales, le Togo entend donc prendre sa part dans la réponse climatique internationale. Cet engagement s’est notamment traduit par la soumission de sa Contribution déterminée au niveau national de troisième génération (CDN 3.0), couvrant la période 2026-2035, avec une ambition nationale de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 52,1 % par rapport au scénario tendanciel à l’horizon 2035, selon les données présentées par le ministre.

Dans cette perspective, l’industrie du ciment occupe une place particulière. Elle constitue un moteur du développement économique et social, notamment à travers la construction, l’urbanisation et la création d’emplois, mais demeure parallèlement une activité à forte intensité carbone. Pour le ministre Komla Dodzi Kokoroko, la transformation du secteur doit donc permettre de concilier compétitivité industrielle et protection de l’environnement. « Les solutions existent d’ores et déjà », a-t-il relevé, estimant que l’enjeu est désormais de créer les conditions nécessaires à leur déploiement effectif à travers des politiques publiques appropriées, un cadre réglementaire favorable et une coopération renforcée entre les différentes parties prenantes.

A l’issue des trois jours de travaux, l’ambition affichée est d’aboutir à des recommandations concrètes, à une vision partagée et à une feuille de route opérationnelle permettant de guider les prochaines étapes de la transition bas-carbone du secteur cimentier togolais. La neutralité carbone à l’horizon 2050 ne se décrétera donc pas. Elle nécessitera des investissements, des innovations, des réformes, des partenariats et une mobilisation durable de l’ensemble des acteurs. Pour CIMTOGO, le défi est désormais de faire de la Feuille de route 2050, un véritable instrument d’action et de contribuer, par cette transformation, à l’émergence d’un modèle industriel plus durable au Togo et, potentiellement, dans l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.

Yao KPOWOADAN

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