Depuis le 11 septembre 2026, les automobilistes et consommateurs déboursent davantage à la pompe. Des sources proches du gouvernement expliquent cette révision par les fluctuations des cours mondiaux du pétrole, tout en affirmant maintenir ses efforts de subvention pour contenir l’impact sur les ménages. Mais cette nouvelle hausse des prix des produits pétroliers à la pompe suscite des réactions diverses, à la fois politiques et citoyennes.
Ajustement tarifaire dû aux fluctuations des cours mondiaux ?
Officiellement, aucun ministre n’a encore pris la parole pour expliquer la nouvelle décision portant augmentation des prix des produits pétroliers à la pompe, à la veille de la rentrée scolaire. Cependant, à en croire certaines sources proches des milieux du pouvoir, la nouvelle révision des prix s’inscrit principalement dans le contexte de l’évolution des cours internationaux du pétrole. Elles soutiennent que les prix pratiqués à la pompe au Togo sont en effet sensibles aux mouvements du marché pétrolier mondial dont les variations peuvent exercer une pression sur les coûts d’approvisionnement.
Elles mettent ainsi en avant les fluctuations des cours mondiaux du pétrole pour justifier l’ajustement des tarifs. Une décision qui traduirait la volonté des autorités de tenir compte de l’évolution du coût des produits pétroliers, alors que le marché international reste soumis à différents facteurs susceptibles de faire varier rapidement les prix. Ces sources assurent que cette hausse ne signifie pas un désengagement total de l’État. Elles indiquent que des subventions continuent d’être accordées, afin de limiter les effets de la hausse sur les ménages. L’objectif étant de trouver un équilibre entre la nécessité d’adapter les prix à la conjoncture internationale et celle de protéger le pouvoir d’achat des consommateurs.
Avec cette nouvelle grille tarifaire, il y a un double impératif : tenir compte de la réalité des marchés internationaux tout en évitant que la hausse des carburants ne pèse trop lourdement sur les ménages. Le maintien des subventions constitue, selon les autorités, l’un des principaux leviers pour amortir le choc. Mais l’évolution des prix du pétrole à l’international pourrait continuer à exercer une pression sur les prix intérieurs. Ces sources posent la question de savoir jusqu’où l’État pourra poursuivre cet effort de soutien sans alourdir davantage les dépenses publiques.
En justifiant cette décision par les fluctuations des cours mondiaux du pétrole, elles mettent ainsi en avant un facteur extérieur sur lequel il dispose de marges de manœuvre limitées. « Mais la poursuite des subventions montre également que les autorités entendent amortir autant que possible les conséquences de cette nouvelle hausse sur le pouvoir d’achat des ménages », précisent-elles.
La société civile et l’opposition montent au créneau
Dans deux communiqués distincts publiés les 11 septembre, le Mouvement Martin Luther King (MMLK) et quatre regroupements de l’opposition signataires du « Manifeste Génération Togo » dénoncent les conséquences attendues de cette nouvelle augmentation sur le pouvoir d’achat.
Le prix du Super Sans Plomb est notamment passé à 817 FCFA le litre, contre 725 FCFA auparavant. Dans leur communiqué, DMK – ORIGINALE, DMP, LDP et « Touche Pas A Ma Constitution » soulignent une progression du prix de 680 à 817 FCFA en quatre mois et dénoncent une décision qui, selon eux, risque d’accentuer la pression sur les ménages.
Les quatre regroupements évoquent un « effet domino » sur les transports, les denrées alimentaires et les dépenses courantes. Ils contestent également le calendrier de la mesure, intervenue quelques jours avant la rentrée scolaire.
Pour sa part, le parti Alliance des démocrates pour une développement intégral (ADDI) estime que cette augmentation est inadmissible et incompréhensible dans un contexte où les parents sont sous pression pour assurer la rentrée scolaire des enfants.
Le MMLK demande des mesures d’urgence, l’ATC réagit aussi
Le Mouvement Martin Luther King adopte une approche davantage centrée sur les conséquences sociales de la hausse. Pour l’organisation présidée par le pasteur Edoh K. Komi, le carburant étant au cœur de nombreux secteurs de l’économie, son renchérissement devrait affecter notamment le transport, le commerce, l’agriculture, l’éducation et la santé.
Le MMLK demande au gouvernement de mettre en place des mesures urgentes d’accompagnement social en faveur des ménages les plus vulnérables.
Il propose notamment de réduire les frais de péage pour les véhicules, afin de limiter l’impact de la hausse sur le transport et les prix des produits de grande consommation.
L’organisation souhaite également l’ouverture d’un cadre de dialogue avec les associations de consommateurs et les acteurs sociaux avant toute nouvelle décision susceptible d’affecter le panier de la ménagère.
Face à cette annonce, l’Association Togolaise des Consommateurs (ATC) n’a pas tardé à réagir. Dans un communiqué publié le jour même, l’organisation « déplore vivement » cette mesure, qu’elle juge lourde de conséquences pour des ménages « déjà confrontés à une cherté persistante de la vie ». Au-delà du fond, l’ATC critique aussi la forme. L’organisation regrette qu’une décision d’une telle portée n’ait pas été précédée d’une concertation avec les acteurs concernés, à commencer par les associations de consommateurs elles-mêmes. Une méthode qu’elle juge incompatible avec l’ampleur des répercussions attendues sur le pouvoir d’achat des ménages. Dans son communiqué, l’ATC va plus loin qu’une simple protestation : elle appelle les autorités à revenir sur leur décision, à privilégier le dialogue avec les parties prenantes, et à mettre en place, sans délai, des mesures d’accompagnement pour limiter les effets inflationnistes de cette nouvelle hausse sur les consommateurs les plus vulnérables.
Mobilisation contre la hausse des prix du carburant
Le communiqué de DMK – ORIGINALE, DMP, LDP et « Touche Pas A Ma Constitution » va plus loin sur le terrain politique. Ces entités de l’opposition togolaise qualifient la hausse des prix du carburant d’« abusive » et dénoncent ce qu’ils présentent comme une « politique d’asphyxie financière du citoyen ».
Ils mettent en cause la gestion des ressources publiques et accusent le pouvoir de faire supporter aux citoyens le coût de choix qu’ils jugent contestables. Ces accusations relèvent de leur position politique et ne sont pas accompagnées, dans le communiqué, d’éléments nouveaux permettant de les établir. Les quatre organisations appellent surtout leurs sympathisants et la population à rester attentifs à un prochain « mot d’ordre d’action ». Elles annoncent une « mobilisation générale pacifique » destinée, selon elles, à mettre fin à ce qu’elles qualifient de dictature. Pour sa part, le parti ADDI demande au gouvernement de rapporter la décision.
Cette nouvelle hausse des prix du carburant intervient quelques semaines après la reprise des travaux du Conseil national du dialogue social (CNDS) qui ont porté, entre autres, sur le renforcement de ses actions dans la gestion des différentes crises et l’adaptation de ses mécanismes de dialogue aux nouvelles réalités socio-économiques. Selon son président, Kondé Sangbana, le 25 août 2026, l’instabilité géopolitique, l’accélération des progrès technologiques, le changement climatique et les transformations démographiques constituent autant de défis pour le monde du travail et, plus largement, pour le tissu social. « Dans ce contexte, la gouvernance des institutions de travail, comme le CNDS, se trouve face à une responsabilité urgente, qui exige l’élaboration des solutions capables de protéger et de valoriser les intérêts des acteurs du monde du travail », avait-il déclaré.
Cette institution s’est déjà illustrée dans la gestion de plusieurs crises, notamment dans le secteur du commerce, à la suite de l’augmentation des prix des produits pétroliers, ainsi que lors de la crise de 2013 dans l’administration publique.
Organe consultatif tripartite permanent, il réunit l’État, les organisations syndicales de travailleurs et les associations d’employeurs. Pour l’heure, elle ne s’est pas encore prononcée sur cette nouvelle augmentation des prix des produits pétroliers à la pompe qui fait grincer les dents.










