Quarante ans après sa création, le Groupe Ecobank entend faire de son anniversaire bien davantage qu’une célébration du chemin parcouru. À l’occasion de la clôture des festivités marquant ses 40 ans, le groupe bancaire panafricain a réuni, jeudi 24 septembre 2026 à Lomé, opérateurs économiques, clients, partenaires et professionnels des médias dans le cadre d’une grande conférence de presse consacrée à son bilan, mais surtout à ses ambitions pour les prochaines années.
Au cœur de cette rencontre, une question qui dépasse les seuls résultats d’une institution financière. Que peuvent produire quarante années d’expérience bancaire panafricaine pour construire l’Afrique de demain ? La réponse apportée par Ecobank se veut résolument tournée vers l’avenir, davantage de financement de l’entrepreneuriat féminin, un soutien renforcé à l’agrobusiness, la digitalisation des échanges, le développement du commerce transfrontalier et une contribution plus importante à l’intégration économique du continent. Pour matérialiser cette nouvelle étape, le Groupe annonce un engagement de 2,6 milliards de dollars d’ici 2030, dont 2 milliards de dollars consacrés à l’entrepreneuriat féminin dans le cadre du programme Ellever et 600 millions de dollars destinés aux filières agricoles et à l’agrobusiness.
Cette annonce constitue le principal point d’orgue de la clôture de cette année anniversaire et dessine les contours d’un nouveau chapitre pour le groupe bancaire panafricain.
De l’anniversaire à une nouvelle étape stratégique
Pour Ecobank, les 40 ans ne doivent pas être uniquement considérés comme une occasion de dresser le bilan d’une histoire institutionnelle. Ils constituent plutôt un point d’appui pour réfléchir aux transformations auxquelles l’Afrique est confrontée et au rôle que peut jouer une banque panafricaine dans cette évolution. Le groupe, présent sur 34 marchés africains, entend ainsi capitaliser sur son expérience pour accompagner davantage les entreprises, notamment les petites et moyennes entreprises, les femmes entrepreneures et les acteurs des chaînes de valeur agricoles. « Nous ne profitons pas de la clôture de notre 40e anniversaire pour regarder en arrière, nous en faisons le tremplin stratégique du prochain chapitre économique de l’Afrique », a déclaré Jeremy Awori, Directeur Général du Groupe Ecobank.
À travers cette orientation, le financement n’est plus présenté comme une fin en soi, mais comme un levier destiné à favoriser la création de valeur, l’industrialisation, la sécurité alimentaire, l’emploi et les échanges entre les économies africaines. Pour le dirigeant, l’enjeu est notamment de dépasser les limites d’un modèle dans lequel le financement agricole se concentrerait essentiellement sur la production ou les campagnes agricoles. « Notre continent ne pourra ni s’industrialiser en se limitant au financement des récoltes, ni libérer tout son potentiel si les femmes restent privées d’un accès équitable au capital », souligne-t-il.
La nouvelle feuille de route repose donc sur deux problématiques étroitement liées : le financement inclusif et la souveraineté alimentaire.

2,6 milliards de dollars pour deux priorités
L’engagement annoncé par Ecobank représente au total 2,6 milliards de dollars à l’horizon 2030. La première enveloppe, de 2 milliards de dollars, sera consacrée au financement des entreprises dirigées par des femmes à travers le programme Ellever. La seconde, d’un montant de 600 millions de dollars, ciblera les PME agricoles et l’ensemble de la chaîne de valeur de l’agrobusiness. Ce choix traduit une volonté de s’attaquer à deux défis majeurs du développement économique africain que sont, l’accès au financement pour les entrepreneures et la transformation des systèmes de production et de commercialisation agricoles. L’ambition affichée est également de contribuer à la création d’un tissu entrepreneurial plus solide et mieux intégré aux marchés régionaux.
Ellever va faire changer d’échelle dans le financement des femmes. Le programme Ellever occupe une place centrale dans cette nouvelle stratégie. D’ici 2030, Ecobank vise la constitution d’un portefeuille de crédits de 2 milliards de dollars destiné aux femmes entrepreneures. Le groupe indique avoir déjà accompagné plus de 110 000 entreprises dirigées par des femmes. La prochaine étape consiste à changer d’échelle, avec l’ambition de porter ce nombre à 400 000 PME.
Cependant, le financement ne constituera pas le seul volet du dispositif. Ecobank prévoit également d’accélérer la formation aux nouvelles technologies, la bancarisation et l’accompagnement des micro-entrepreneures. L’objectif annoncé est de contribuer à ouvrir des voies de financement à près d’un million de micro-entrepreneures. L’approche entend ainsi s’adresser à plusieurs catégories d’actrices économiques. Des micro-entrepreneures encore éloignées du système financier formel jusqu’aux PME ayant déjà atteint un certain niveau de structuration et cherchant des financements plus importants pour investir et se développer.
Le dispositif devrait notamment s’appuyer sur des crédits adaptés et partiellement garantis, grâce à des partenariats avec des institutions de financement durable. Plusieurs secteurs prioritaires sont ciblés, notamment l’agrobusiness, l’éducation et la santé. L’enjeu est donc double, faciliter l’accès au capital et permettre aux entreprises féminines de franchir différents paliers de croissance.
Au-delà du crédit : accompagner la transformation des entreprises
L’expérience des opérateurs économiques présents à la conférence de presse rappelle toutefois qu’un financement, aussi important soit-il, ne suffit pas à garantir la réussite d’une entreprise. Le témoignage de Jonas Daou, PDG de ZENER, illustre les multiples défis auxquels sont confrontées les entreprises africaines lorsqu’elles cherchent à grandir, à se diversifier et à conquérir de nouveaux marchés. Pour le dirigeant, le premier défi est celui des ressources humaines et des talents. « Notre premier défi a été celui des ressources humaines, un défi de talent », explique-t-il. L’entreprise, selon son dirigeant, a choisi de fixer un niveau d’exigence élevé à ses collaborateurs afin de faire correspondre les compétences disponibles aux ambitions de croissance du groupe.
« Envers nos employés, nous avons été clairs. S’ils ne s’élèvent pas au niveau de l’ambition, on sera obligé d’aller chercher des gens à l’extérieur pour venir les mettre à leur tête », indique Jonas Daou. Cette question du capital humain apparaît ainsi comme l’un des facteurs déterminants de la transformation des entreprises africaines. Les investissements, les technologies et les marchés ne peuvent produire pleinement leurs effets sans des compétences capables de porter les projets.
Le deuxième défi identifié par le patron de ZENER concerne l’environnement règlementaire. L’intégration économique africaine se heurte encore, dans la pratique, à la diversité des réglementations nationales. Deux pays peuvent présenter des caractéristiques économiques proches tout en imposant des règles différentes aux entreprises. « Nos pays ont beau se ressembler, dès que vous passez une frontière, même dans le même secteur, toute la manière de faire les choses change. Il faut donc s’adapter également », souligne Jonas Daou. Cette réalité donne une importance particulière aux initiatives visant à faciliter les échanges transfrontaliers et à rapprocher les entreprises des différents marchés africains. Elle constitue également l’un des enjeux auxquels les institutions financières panafricaines cherchent à apporter des réponses, notamment à travers des solutions de paiement, de financement et de commerce permettant aux entreprises de travailler plus facilement au-delà de leurs frontières nationales.
Pour ZENER, un troisième défi se situe dans la construction de partenariats. Cette logique de partenariat rejoint également la vision portée par Ecobank pour les années à venir : mettre en relation les différents acteurs économiques, faciliter leur accès aux marchés et mobiliser autour d’eux des solutions financières adaptées. L’expérience de ZENER a également permis d’illustrer l’importance de l’innovation dans un environnement concurrentiel.
L’autre grand pilier de la stratégie annoncée par Ecobank concerne l’agrobusiness. D’ici 2030, le groupe prévoit d’allouer 600 millions de dollars d’encours de crédits aux PME agricoles. L’objectif affiché est de dépasser le traditionnel financement de campagne agricole pour accompagner l’ensemble de la chaîne de valeur. Dans cette perspective, le numérique occupe une place importante dans la stratégie du groupe. Pour passer des annonces à l’exécution, Ecobank présente une feuille de route articulée autour de quatre grands axes : « renforcer les fonds de roulement et les prêts, financer l’investissement et réduire les risques, développer le commerce transfrontalier et digitaliser les filières et renforcer les compétences ».
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Yao KPOWOADAN









