Ecobank Transnational Incorporated (ETI), le plus grand groupe bancaire panafricain, a tenu le mercredi 28 mai 2025, sa 37ème Assemblée Générale Annuelle à son siège à Lomé, en présence de son Directeur Général, Jeremy Awori, et du Président du Conseil d’administration, Papa Madiaw Ndiaye, pour sa première à ce poste. Au menu de cette rencontre stratégique, la validation des comptes de l’exercice 2024, la nomination de nouveaux administrateurs et l’adoption d’une réforme statutaire et approbation d’une levée de fonds de 250 millions de dollars.
Des performances financières remarquables
Pour l’année 2024, ETI a enregistré des résultats financiers historiques. Le Groupe a réalisé un résultat net, part du Groupe de 333 millions de dollars, en progression annuelle de 16%, avec des revenus dépassant 2 milliards de dollars pour la deuxième année consécutive. Le bénéfice par action a également augmenté de 16%, pour atteindre 0,014 dollar (soit 1,355 cent). Toujours en 2024, le groupe a affiché un bénéfice net record de 494 millions de dollars.
Par ailleurs, la valeur comptable tangible par action (TBVPS) a enregistré une hausse de 4%, s’établissant à 0,042 dollar (soit 4,20 cents). Ce résultat s’accompagne d’une rentabilité sur fonds propres tangibles (ROTE) de 32,7 %, un niveau jamais atteint auparavant. L’actif total du groupe s’élève désormais à 28 milliards de dollars.

Jeremy Awori a souligné que ces résultats sont le fruit d’une stratégie rigoureuse et d’investissements importants, notamment dans le numérique. « Nous avons investi plus de 126 milliards de dollars dans les technologies digitales, les plateformes numériques, les applications mobiles et les logiciels. Ces efforts nous rendent plus compétitifs et renforcent notre bilan », a-t-il affirmé.
Le Groupe entend également intensifier ses partenariats stratégiques, afin de dynamiser ses activités auprès des particuliers, des PME, des grandes entreprises et dans les services d’investissement.
Quid des dividendes ?
Malgré ces résultats solides, le Conseil d’administration a pris la décision de ne pas distribuer de dividendes pour l’exercice 2024. Une décision difficile mais assumée, justifiée par le besoin de renforcer les fonds propres pour répondre aux exigences prudentielles des régulateurs. « Nous avons fait le choix de raffermir notre capital plutôt que de verser des dividendes. Ce choix vise à assurer une stabilité durable et à créer les conditions d’une distribution régulière des dividendes à l’avenir », a expliqué le Directeur Général, Jeremy Awori. « Notre stratégie est claire : développer notre activité, transformer notre façon de servir nos clients et accroître nos rendements grâce à une exécution rigoureuse et à une gestion efficace du capital », a-t-il indiqué.

Papa Madiaw Ndiaye a, pour sa part, tenu à rassurer les actionnaires : « Nous partageons les mêmes objectifs que nos actionnaires. Cette décision stratégique vise à construire une banque plus solide et capable de générer de la valeur sur le long terme. « La décision de ne pas distribuer de dividendes cette année, bien que difficile, repose sur des considérations stratégiques que nous jugeons important de partager en toute transparence ».
Le processus de distribution de dividendes comporte deux volets : les dividendes reçus des filiales du Groupe et ceux versés aux actionnaires d’ETI. A la clôture de l’exercice 2024, 22 filiales ont distribué un montant record de 217 millions de dollars en dividendes. Cette remontée de dividendes, est en augmentation de 22 % par rapport à l’année précédente. « Nous prévoyons une progression soutenue de ces distributions au cours des prochaines années », a laissé entendre Papa Madiaw Ndiaye. « Cependant, dans le contexte de renforcement de notre structure financière pour préparer une croissance accélérée et continue, nous avons été confrontés à une décision difficile : respecter nos obligations vis-à-vis des créanciers et des clauses des emprunts existants, ou verser des dividendes. Dans l’intérêt à long terme du Groupe, nous avons fait le choix difficile de ne pas verser de dividendes cette année. », a-t-il détaillé.
Ce point a suscité quelques réactions de mécontentement auprès des actionnaires. En effet, le versement des dividendes représente un enjeu majeur. Parmi les 641 000 actionnaires d’ETI, près de 600 000 détiennent moins de 10 000 actions et considèrent ce revenu comme significatif. Une actionnaire sénégalaise n’a pas caché sa déception et ses réserves face à la stratégie du Groupe. « J’ai investi dans Ecobank dès 1984, je fais partie des fondateurs, mais depuis plusieurs années, nous ne recevons plus de dividendes. Je suis venue vous demander pardon, c’est l’argent de ma retraite », fulmine une actionnaire togolaise.

Le Nigeria (encore) à la peine
La situation de la filiale Ecobank Nigeria est préoccupante. Lors de 37ème Assemblée Générale Annuelle, un coin de voile a été levé sur cette banque confrontée à une forte volatilité macroéconomique ainsi que des défis sectoriels spécifiques. Conséquence : les performances qui en ont résulté ont affecté négativement la perception des marchés.
Avec 18% du total des actifs du Groupe, Ecobank Nigeria n’a versé aucun dividende depuis cinq ans et n’a dégagé en 2024 qu’un résultat avant impôt de 5 millions de dollars, contre 345 millions pour la seule zone UEMOA. Le Groupe était dans l’obligation de voler au secours de sa filiale en difficulté, en injectant 10 millions de dollars pour se conformer aux recommandations de la Banque Centrale du Nigeria.
« Chaque filiale en difficulté, à commencer par le Nigeria, bénéficiera d’un accompagnement ciblé pour accélérer son retour à la rentabilité et à la croissance. Au cours de l’année à venir, nous avons hâte de voir la filiale du Nigeria concrétiser son potentiel et affirmer son rôle, non seulement de moteur d’une croissance robuste, mais aussi de véritable catalyseur d’innovation. Portée par son vivier de talents, elle peut devenir leader dans les domaines clés tels que les paiements, l’intégration digitale et le financement des PME », fait noter le Président du Conseil d’Administration.
Une levée de fonds de 250 millions de dollars approuvée
Le 28 mai 2025, le Conseil d’administration d’Ecobank Transnational Incorporated (ETI) a approuvé une levée de fonds de 250 millions de dollars, sous la forme d’un instrument de capital Tier 1 (AT1). Ceci, pour faire face à des pressions croissantes sur ses filiales et consolider ses ratios de solvabilité. Il ne s’agit pas d’une augmentation de capital classique via émission d’actions ordinaires, mais d’un instrument hybride qualifié en fonds propres réglementaires, dont la conversion en actions ne serait activée qu’en cas de dégradation significative des ratios de capital, et uniquement à l’initiative du régulateur.
« Le projet d’émission de capital permettra de renforcer efficacement la base des fonds propres de catégorie 1 de la banque, ce qui améliorera notre ratio de solvabilité et consolidera notre capacité à soutenir une croissance durable de notre bilan », fait remarquer Papa Madiaw Ndiaye, Président du Conseil d’administration. « Ce n’est pas un capital ordinaire. Cet instrument hybride est qualifié en fonds propres Tier 1 et ne deviendra dilutif que si nous n’arrivons pas à maintenir nos ratios de capital », clarifie Ayo Adepoju, Directeur Financier du groupe. « Le capital que nous détenons actuellement soutient notre portefeuille d’actifs existant. Mais pour croître, nous devons l’augmenter. Nous générons du profit, mais pas encore à un niveau suffisant pour financer seuls nos ambitions de développement. C’est pourquoi nous avons besoin d’un complément externe. L’objectif est de mettre Ecobank en meilleure posture sur le plan du capital, pour accompagner notre croissance future et maintenir la confiance des régulateurs », poursuit-il.
Lors de son Assemblée Générale Annuelle du 28 mai 2025, le Groupe Ecobank a également procédé à révision de ses statuts, notamment l’article 8.10b qui obligeait tout actionnaire franchissant le seuil de 24,99% du capital à lancer une Offre publique d’achat (OPA) sur l’ensemble des actions restantes.
Présent dans 35 pays d’Afrique subsaharienne, ainsi qu’à l’international, le Groupe Ecobank s’appuie sur plus de 14 000 collaborateurs et une clientèle de plus de 32 millions de personnes à travers le monde. « Nous espérons revenir en 2026 avec des résultats encore plus positifs et une meilleure perspective de distribution de dividendes », a conclu le Directeur Général du Groupe, Jeremy Awori.
Nicolas EDORH










