GIABA sensibilise les parlementaires ouest-africains

La capitale togolaise a accueilli les 18 et 19 septembre 2025, un séminaire régional d’envergure sur le thème, « Comprendre le mandat de surveillance dans la prévention des crimes financiers », organisé à l’initiative du Groupe Intergouvernemental d’Action contre le Blanchiment d’Argent en Afrique de l’Ouest (GIABA). Pendant deux jours, parlementaires, experts financiers, représentants d’institutions de contrôle et partenaires techniques ont réfléchi aux moyens de renforcer la lutte contre la criminalité financière et d’améliorer la gestion des finances publiques dans les États membres de la CEDEAO.

Dans son discours d’ouverture, Edwin Harris Jr., Directeur général du GIABA, a dressé un constat alarmant, l’Afrique perd chaque année plus de 88,6 milliards de dollars à cause de la corruption et des flux financiers illicites, soit près de 3,7 % du PIB du continent. Ces pertes systémiques se traduisent par des infrastructures non achevées, des services sociaux défaillants et une jeunesse privée d’opportunités.

« Ce combat ne peut être gagné par les seules autorités de régulation. Les commissions parlementaires des finances et du contrôle budgétaire constituent la première ligne de défense », a affirmé, Harris Edwin.

Le séminaire a mis l’accent sur le rôle central des Commissions des Finances et du Contrôle Budgétaire (CFCB) des parlements de la CEDEAO. Ces commissions, souvent en première ligne dans la surveillance de l’usage des deniers publics, doivent devenir de véritables piliers de la transparence et de la redevabilité démocratique.

Cependant, des défis majeurs persistent  entre autres, insuffisance de ressources, ingérence politique, faible suivi des recommandations d’audit. Le séminaire a donc proposé des solutions pratiques, allant de l’analyse des rapports d’audit à la détection de signaux de corruption, en passant par le renforcement de la coopération entre les parlements, les institutions supérieures de contrôle, les CENTIF et la société civile.

Pour Tchaa Bignossi Aquiteme, président de la CENTIF-Togo et correspondant national du GIABA, a salué la tenue de ce séminaire à Lomé. Il a souligné que la criminalité financière constitue une menace réelle pour les économies de la CEDEAO, freinant le développement et compromettant les efforts de mobilisation des ressources internes.

« L’heure n’est plus au diagnostic, nous connaissons nos faiblesses. Le temps est à l’action, surtout à l’approche du troisième cycle des évaluations mutuelles du GIABA », a-t-il insisté.

Représentant le ministre de l’Économie et des Finances, Akou Mawussé Adétou Afidenyigba, Directrice de Cabinet, a rappelé que le Togo a fait de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme une priorité nationale et régionale. Selon elle, les commissions parlementaires doivent jouer un rôle accru dans ce combat à travers un renforcement de leurs capacités, une meilleure traçabilité des ressources publiques et une coopération étroite avec les autres organes de lutte.

« En dotant les parlements d’outils adaptés, en adoptant des réformes pertinentes et en construisant des synergies durables avec la société civile, nous poserons les bases d’une CEDEAO plus résiliente et mieux gouvernée », a-t-elle conclu.

Les débats ont souligné la nécessité d’une approche collective et intégrée de la lutte contre la criminalité financière. Les réformes en cours au Ghana, au Sénégal et au Nigéria ont été saluées comme des exemples encourageants de transparence dans la commande publique et de suivi des audits.

Le GIABA s’est engagé à accompagner les États membres à travers des formations, de l’expertise technique et des plateformes de coopération régionale, pour faire des commissions parlementaires des acteurs de changement dans la gouvernance publique.

Au terme des travaux, les participants ont exprimé leur volonté commune de faire émerger des recommandations pragmatiques, fondées sur les réalités nationales, pour anticiper les prochaines évaluations du GIABA et renforcer la lutte contre les flux financiers illicites.

Yao KPOWOADAN

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