Jadis fleuron de l’économie togolaise avec une plus grande attractivité du tourisme au Togo, l’hôtellerie a perdu de sa superbe, avec des moments douloureux marqués par la fermeture de l’hôtel de la Paix, Palm Beach, etc. Cependant, la réhabilitation de l’hôtel 2 Février par l’Etat depuis quelques années, avec l’installation de nouveaux hôtels à Lomé et dans certaines villes de l’intérieur, font face à des réalités et pratiques illicites. Constats, observations et propositions.
Le Togo a connu une croissance modérée dans le sous-secteur hôtelier au cours des dernières années, avec une augmentation du nombre d’établissements hôteliers et de chambres disponibles. Selon le Rapport économique Yearbook Togo 2022, le pays a enregistré environ 1 000 000 de visiteurs en 2022, soit près du double de l’année précédente (2021) ; ce qui a stimulé la demande pour des services d’hébergement.
Le gouvernement à travers le ministère de la culture et du tourisme notamment la Commission Nationale d’Agrément et de Classement des Etablissements du Tourisme (CNACET) a élaboré un répertoire des établissements de tourisme agrées conformément au décret N 89-137/PR du 23 août 1989 portant règlementation et classement des établissements de tourisme. Cependant, le sous- secteur hôtelier fait face à plusieurs défis qui entravent son développement.
Dans l’analyse faite par l’Association des Grandes Entreprises du Togo (AGET) dans son Livre Blanc 2024, il ressort quelques constats et observations.
Dynamisme du secteur avec une croissance de certains segments
Le document fait mention d’un secteur qui connaît un dynamisme notable, marqué par le développement de nombreuses initiatives privées, notamment dans les segments des hôtels 3 et 4 étoiles, qui sont en pleine expansion.
Cette croissance, indique le Livre Blanc 2024 de l’AGET, témoigne d’un intérêt accru pour un tourisme intermédiaire, et reflète la demande croissante pour une offre de qualité abordable. Toutefois, malgré cette évolution, plusieurs obstacles limitent l’exploitation optimale du potentiel du secteur avec un taux de remplissage faible.
Accès difficile au financement
En raison des coûts élevés et du manque de familiarité des banques avec le secteur, l’accès au financement représente un obstacle majeur pour le développement de l’hôtellerie au Togo. L’AGET précise dans son Livre Blanc que les banques commerciales montrent une méconnaissance des spécificités et des particularités du secteur hôtelier, limitant leur engagement ce qui constitue un frein pour les investissements hôteliers.
Le déficit de formation de la main-d’œuvre et les difficultés d’accès au foncier sont également relevés comme des freins importants pour les investissements hôteliers et leur compétitivité.
Concurrence déloyale due aux pratiques illicites
Selon l’AGET, le secteur hôtelier est affecté par une concurrence déloyale provoquée par des pratiques illicites.
Dans l’ensemble du pays, certains propriétaires d’immeubles transforment leurs bâtiments en maisons d’hôtes, résidences meublées ou hôtels de façon informelle, sans respecter les normes ou obligations fiscales. Ces pratiques souterraines créent une concurrence injuste pour les établissements légalement constitués, minant la rentabilité et le développement du secteur.
Le Livre Blanc 2024 de l’AGET note également que l’émergence de résidences meublées et la popularité des plateformes de location comme Airbnb posent des défis aux hôtels traditionnels, en élargissant les options de logement pour les visiteurs. Ces alternatives, bien qu’attrayantes pour les consommateurs, érodent la part de marché des hôtels car elles échappent aux régulations applicables au secteur.
En outre, le document relève la faiblesse du taux de remplissage due au faible pouvoir d’achat des ménages locaux. Une réalité qui limite la demande intérieure pour les services hôteliers et rend le secteur dépendant des clientèles internationales ou des périodes de pointe. Cette dépendance accroît la vulnérabilité économique des hôtels, surtout en l’absence d’une demande locale soutenue.
Des pistes de solution
L’AGET fait des propositions pour rectifier le tir. Dans le Livre Blanc 2024, cette organisation patronale propose d’encourager et faciliter le financement hôtelier, en sensibilisant les banques et autres institutions financières aux spécificités du secteur hôtelier. « L’établissement d’un fonds de garantie spécifique pourrait également inciter les banques à financer les projets hôteliers et à offrir une meilleure couverture des risques liés à ce secteur », indique l’AGET.
L’amélioration de l’accès au foncier, de la formation de la main-d’œuvre en hôtellerie et restauration, font également partie des propositions de l’AGET. Pour lutter contre la concurrence déloyale dans le secteur hôtelier, l’Association des Grandes Entreprises du Togo trouve qu’il est indispensable de renforcer la régulation et le contrôle des établissements non enregistrés exerçant des activités hôtelières. Une campagne de sensibilisation sur les obligations légales, associée à des sanctions en cas de non-conformité, permettrait de régulariser ce type d’activité et de garantir une concurrence saine entre les acteurs du secteur.
Selon l’organisation, la montée en puissance des résidences meublées et des plateformes comme Airbnb nécessite une adaptation du cadre réglementaire. L’institution d’une taxe spécifique pour les hébergements de courte durée et l’obligation d’enregistrement de ces établissements permettraient de les intégrer au secteur formel. Ce cadre favoriserait une concurrence équitable et générerait des revenus supplémentaires pour l’État tout en répondant à une demande de logements temporaires diversifiée.
« Pour répondre à la problématique des faibles taux de remplissage, des initiatives visant à dynamiser la demande locale, telles que des réductions ou des offres spéciales pendant les périodes de basse saison, devraient être envisagées par les hôtels. Ces actions rendraient les séjours hôteliers plus accessibles aux ménages locaux et contribueraient à augmenter la fréquentation des établissements, stabilisant ainsi leurs revenus et améliorant la viabilité du secteur », fait remarquer le Livre Blanc.
In fine, l’AGET suggère la promotion de la gastronomie togolaise et les grands chefs comme un vecteur de communication et d’attrait des touristes. Elle soutient que le Togo a les capacités de mettre en avant sa cuisine et ses recettes. Cette initiative permettrait également de mettre en avant les produits agricoles de qualité du Togo.
Nicolas EDORH










