L’Ordre National des Médecins du Togo (ONMT) a procédé, mardi 7 avril 2026 à Lomé, à la publication officielle de son Tableau de l’Ordre 2026. Un acte à la fois légal et symbolique qui témoigne de la volonté de réguler la profession médicale et de garantir des soins de qualité à la population.
Présidée par Beketi Katanga Anthony, cette cérémonie annuelle, devenue une tradition depuis cinq ans, marque la mise à disposition du « tableau affiché », une version officielle mais évolutive du registre des médecins autorisés à exercer au Togo. Ce tableau est dynamique, régulièrement actualisé en fonction des nouvelles inscriptions et des radiations administratives.
Au-delà de son caractère administratif, cette publication traduit un engagement de l’ONMT ; celui du respect du code de déontologie et de l’éthique médicale. Conformément à l’article 102 dudit code, tout médecin inscrit pour la première fois prête serment devant le Conseil de l’Ordre et s’engage à respecter les règles de la profession.
Sur le plan statistique, le nombre de médecins inscrits connaît une évolution globale à la hausse, malgré quelques fluctuations. Au 1er avril 2026, l’ONMT recense 940 médecins inscrits, contre 1048 en 2025. Ce chiffre reste nettement supérieur aux 500 médecins enregistrés en 2021, traduisant une progression significative de la couverture médicale, passée de 16% à 58% en 2025.

Dans les détails, 865 praticiens, soit environ 77 %, sont concentrés dans le Grand Lomé et la région Maritime. Cette forte présence contraste avec la situation dans d’autres régions comme la Kara (68 médecins) ou les Plateaux (63), encore sous-dotées. Les régions des Savanes et de la Centrale restent également en manque de personnel médical, limitant l’accès aux soins pour les populations.
Selon Kodjo Keke, Secrétaire Général de l’Ordre national des médecins du Togo, les hommes dominent largement la profession, avec 78% contre 22% de femmes. Le secteur public emploie 55 % des médecins, contre 38 % dans le privé et 7,2 % dans le secteur mixte. Les civils représentent 93 % des effectifs, tandis que les militaires comptent pour 6 %.
Cependant, des défis majeurs persistent car, la majorité des médecins ont plus de 40 ans, laissant présager un risque de pénurie à moyen terme. Certaines spécialités comme la psychiatrie, l’oncologie ou encore l’ophtalmologie souffrent d’un déficit notable.
Le Togo reste en dessous des standards internationaux. D’après les normes de l’Organisation mondiale de la santé, le pays affiche un ratio de 0,13 médecin pour 1000 habitants, bien loin des besoins estimés. La répartition géographique reste également déséquilibrée avec près de 77% des médecins exerçant dans le Grand Lomé et la région Maritime, laissant les autres régions sous-dotées.
Un faux médecin démasqué
Cette édition 2026 de publication du Tableau de l’Ordre est particulièrement marquée par un fait marquant, la condamnation d’un individu pour exercice illégal de la médecine. L’homme, qui avait présenté un ensemble de faux diplômes prétendument obtenus en Europe du Nord, a été démasqué après deux années d’enquête minutieuse. Son parcours académique, entaché de nombreuses incohérences, a conduit l’ONMT à conclure à une fraude manifeste. « Nous venons de conduire en prison une personne pour exercice illégal de la médecine. Il s’était fabriqué de faux diplômes, du CEPD jusqu’au doctorat avec spécialité. Il est venu s’inscrire à l’ordre, mais nous avons relevé des incohérences. L’analyse de son dossier nous a pris deux ans. Il affirmait avoir obtenu ses diplômes dans un pays d’Europe du Nord. Après vérification auprès de l’université concernée, il s’est avéré qu’il n’y avait jamais été inscrit », a déclaré le professeur Anthony Beketi Katanga.
Cette affaire illustre la détermination de l’Ordre à lutter contre les pratiques illégales. Depuis l’année dernière, une véritable offensive est menée contre les faux praticiens, avec des interpellations et des poursuites judiciaires.
Cette édition qui coïncide avec la Journée mondiale de la santé placée sous le thème, « Soutenons la santé, la science », a été aussi l’occasion pour l’ONMT de saluer la mise en place de l’Assurance Maladie Universelle (AMU), tout en appelant à un meilleur ciblage des populations vulnérables et à un renforcement des investissements dans le secteur de la santé.
Institution de droit privé investie d’une mission de service public, l’ONMT continue ainsi de jouer un rôle clé dans la régulation du système de santé togolais, entre encadrement des praticiens, lutte contre les dérives et plaidoyer pour une meilleure organisation sanitaire.
Yao KPOWOADAN










