Togo – AES : la solution ?

En annonçant, dans une interview diffusée le 16 janvier 2025 sur VoxAfrica, la possibilité pour le Togo de rejoindre l’Alliance des Etats du Sahel (AES) en insistant sur le Président de la République à qui reviendrait la décision finale, le ministre des Affaires Etrangères, Robert Dussey, a jeté un gros pavé dans la mare. Analyse.

Membre fondateur de la CEDEAO, Président du Parlement de la CEDEAO, Vice-Président de la Commission de la CEDEAO, le Togo a une longue histoire avec la principale organisation sous-régionale d’Afrique de l’Ouest. Actuellement missionné par les pays membres, ensemble avec le Sénégal pour discuter des possibilités de retour des trois pays sahéliens (le Mali, le Burkina Faso et le Niger) à la CEDEAO, le Togo a, contre toute attente, fait une déclaration tape-à-l’œil par l’intermédiaire de son ministre des Affaires Etrangères, Robert Dussey : « Pour moi, ce n’est pas impossible pour le Togo de rejoindre l’AES, mais c’est la décision du Président de la République d’abord et c’est la décision également du Parlement togolais. Mais je vais vous surprendre. Demandez aux populations togolaises si le Togo veut entrer dans l’AES, vous allez voir leur réponse, je vous dirai qu’elles vous diront oui. Plus de 70% vous diront oui ».

Que comprendre de cette déclaration ?

Pour l’analyste Louis Magloire Keumayou interrogé par le confrère lesnouvellesdafrique.info, très peu d’éléments permettent d’affirmer aujourd’hui que cette situation va se produire et il évoque deux raisons principales. « D’une part, ce serait un aveu d’échec pour Lomé, choisi comme missionnaire avec le Sénégal afin que les trois reconsidèrent leurs positions. En plus, cette intégration dans l’AES démontrerait une fragilisation et une invisibilisation de l’organisation sous-régionale sur la scène de l’Afrique de l’Ouest qui la conduirait vers une dissolution. », décrit-il.

D’autre part, il fait noter que le Togo est loin des circonstances qui ont poussé à la création des pays de l’AES, une organisation très militaire qui n’accepte pas l’intervention d’une organisation sur le plan militaire. La prise de position précoce du Togo dans les relations avec les pays de l’AES, notamment privilégiant des négociations et non l’isolement de ces derniers, constitue un avantage comparatif pour le Togo selon Louis Magloire Keumayou.

Le président du club de l’information africaine estime que les enjeux sont importants, en listant tout un ensemble de règles qui sera redéfini au terme de l’année de négociation accordée par la CEDEAO. A savoir « les places de fonctionnaires réservées aux trois pays sortants qui vont être redistribuées aux pays restés au sein de l’organisation, les avantages de ces pays tirés de la sortie des pays de l’AES, leurs repositionnements, la libre circulation des citoyens au sein de la CEDEAO redéfinie ou encore la possibilité pour les entrepreneurs de bénéficier des avantages liés à la communauté de crédits. »

AES : Quels avantages pour le Togo ?

De son côté, Théodore Holo, ancien ministre des Affaires Etrangères du Bénin, ancien président de la Cour Constitutionnelle trouve un intérêt économique et politique dans la position du Togo. « Vous savez que, pour le moment, étant donné que le port de Cotonou est fermé au commerce avec le Niger, le port de Lomé sert de solution de rechange. Et de ce point de vue, il y a un intérêt économique et peut-être même politique pour le Togo d’intégrer l’AES, puisqu’au niveau de la CEDEAO, il y a des convergences politiques mettant l’accent sur la démocratie, convergences acceptées par la plupart des pays anglophones et quelques pays francophones. Le Togo n’en faisant pas partie, je pense que la souveraineté qui se manifeste dans les pays de l’AES se fonde sur le refus en réalité de cette convergence politique. Ce qui veut dire qu’il y a un intérêt économique et aussi un intérêt politique que le Togo intègre l’AES. Mais on attend la décision du président Faure Gnassingbé, comme l’a rappelé le ministre togolais des Affaires étrangères », a-t-il déclaré dans une interview accordée à RFI.

Selon le docteur Ekue Foly Gada qui s’est confié à Deutsche Welle,,« il y aurait plus de désavantages que d’avantages. Parce qu’en étant hors de cette zone, le Togo, avec son port, peut négocier des contrats et gagner, et avoir des avantages macroéconomiques importants ». Le directeur de l’Institut d’études stratégiques de l’Université de Lomé souligne une erreur d’interprétation et estime que Robert Dussey s’est contenté de répondre de manière simple à une question triviale posée par un journaliste. L’universitaire rappelle par ailleurs que la politique étrangère d’un État ne se décide pas du jour au lendemain.

Pour lui, « on peut comprendre qu’un État qui a telle ou telle position ne peut pas d’un jour à l’autre dire qu’il change de communauté pour rentrer dans l’AES. Quelle que soit la façon dont on tourne l’affaire, il n’est pas possible d’imputer au ministre togolais des Affaires étrangères une déclaration qui serait considérée comme étant officielle sur une position du Togo, conjecturelle du Togo vis-à-vis de l’AES. Donc il ne s’agit pas ici du fait que le Togo veut rentrer dans l’AES ».

Selon Ekue Foly Gada, le Togo n’est pas véritablement prêt à entrer dans un regroupement comme celui-là, mais Lomé pourrait jouir de son positionnement géostratégique dans la sous-région en entretenant de bonnes relations avec l’AES.

Nicolas EDORH

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