Alors que l’alerte interne de mi-novembre 2025 portant signalement de préoccupations liées à certains aspects de la gestion managériale, a mis cadres, dirigeants, actionnaires et employés sur le qui-vive, de nouveaux documents dont « La Nouvelle Tribune » s’est procurés, font état « d’anomalies graves et critiques en matière de gouvernance ». Décryptage !
Le Groupe Ecobank connaît une embellie caractérisée ces dernières années par des résultats financiers historiques, une croissance soutenue, une amélioration continue de la qualité des actifs et une rentabilité renforcée dans plusieurs segments clés. Mais derrière les déclarations et chiffres officiels, se cachent des faits qui mettent à mal la gouvernance.
Après une première alerte fin 2025 sur des inquiétudes liées à la gouvernance, une situation qui avait donné des sueurs froides au board et à la direction générale du Groupe, eu égard au cauchemar lié à la crise de gouvernance majeure entre 2012 et 2014, cette fois-ci, l’affaire monte d’un cran.
Dans de nombreux documents dont les commissaires aux comptes sont saisis pour un examen des pratiques de gouvernance qui, de manière manifeste et répétée, constituent des tentatives caractérisées de fraude et des violations flagrantes des règles du Groupe, les faits qui y sont décrits sont alarmants : « contournements répétés des contrôles internes par la direction, manquements aux obligations fiduciaires, non-respect des procédures de passation des marchés, contournement systématique des règles en matière de passation des marchés et de délégation de pouvoirs, dissimulation intentionnelle au Conseil d’Administration et absence de son approbation obligatoire, intention frauduleuse dans les processus de sélection des fournisseurs, contrats importants exécutés sans autorisation appropriée, suppression des objections du comité d’approvisionnement, etc. ». La liste est longue.
Des sources internes motivent ces violations répétées des règles de gouvernance par un profond déficit éthique qui dépasse la sphère professionnelle. Elles indexent principalement le Directeur Général, Jeremy Awori, dont la méthode de gouvernance poserait problème. Les exemples des filiales du Nigeria actuellement dans le rouge et du Kenya (pays d’origine du DG Awori et où il a longtemps travaillé, NDLR) qui peine à décoller, sont cités. Martin Miruka, chargé de la Transformation et de l’Expérience Client au sein du Groupe Ecobank, également originaire du Kenya et présenté comme son complice, est également au cœur du scandale. Il aurait caractérisé sa collaboration avec l’ensemble du personnel par un climat de pression soutenu par la marginalisation des contre-pouvoirs et le contournement des procédures établies. Une situation qui viserait à forcer ses collaborateurs du Groupe, surtout ceux des ressources humaines, de l’audit et de la conformité à se soumettre, afin d’affaiblir les mécanismes de contrôle interne et de faciliter la prise de décision en dehors des cadres réglementaires.
Ces informations auraient été portées à la connaissance du Conseil d’Administration depuis octobre 2025. Sauf qu’aucune mesure préventive n’aurait été prise.
Des irrégularités majeures
Des analyses de cas indiquent d’importantes anomalies et des vices de procédure, notamment en matière d’achats. Le contrat Google avec Eprocess dont le montant en jeu (plus de 11 milliards FCFA) est dénoncé pour « pression exercée sur les équipes de Eprocess, défaut d’information du conseil d’administration d’ETI avant la signature, absence de processus d’appel d’offres, d’exception documentée pour source unique et de signature sécurisée ». Même procédé pour d’autres contrats qui seraient dénoncés.
« Ces situations reflètent de graves violations des principes de gouvernance et des règles internes de délégation de pouvoirs. Elles exposent l’institution à des risques financiers, juridiques, réglementaires et réputationnels importants si aucune mesure ferme n’est prise pour sanctionner et donner le ton à une gouvernance saine », a-t-on appris de sources internes.
Toutes nos tentatives pour joindre la Direction Générale du Groupe sont restées vaines. Aux dernières nouvelles, une enquête aurait été ouverte par le conseil d’administration, même si elle reste marquée par un grand retard. Les résultats sont attendus sur les risques identifiés et les lacunes en matière de gouvernance, afin de préserver l’intégrité et la crédibilité de l’institution.
Nicolas EDORH










