L’Afrique subsaharienne fait preuve de résilience malgré des risques persistants

Présentées deux fois par an, les Perspectives économiques régionales du Fonds monétaire international (FMI) constituent un baromètre clé de la situation macroéconomique en Afrique subsaharienne. L’édition d’octobre 2025 a été présentée le mardi 06 janvier 2026 à Lomé par la Représentante Résidente du FMI au Togo, Racheeda Biukezia. Ce rapport dresse un panorama des évolutions économiques récentes, des perspectives de croissance, de l’inflation, de l’endettement et des principaux risques qui pèsent sur la région.

Une croissance résiliente face aux chocs

Malgré des chocs majeurs successifs ces dernières années, la pandémie de COVID-19, les tensions géopolitiques, le durcissement des conditions financières mondiales, la croissance en Afrique subsaharienne affiche une résilience remarquable.  Selon le FMI, le taux de croissance du PIB réel de la région devrait s’établir à 4,1% en 2025, un niveau comparable à celui de 2024. Certains pays de la région figurent même parmi ceux enregistrant les taux de croissance les plus élevés au monde, bien que les performances restent contrastées, notamment dans les pays riches en ressources naturelles.

Au Togo, les perspectives sont plus favorables. Le PIB réel devrait croître de 5,2% en 2025, puis atteindre 5,5% en 2026 et 2027. Cette dynamique reflète les progrès réalisés en matière de stabilisation macroéconomique et de réformes structurelles. Toutefois, le FMI souligne que le solde des risques demeure orienté à la baisse, dans un contexte international marqué par une forte incertitude.

Inflation en repli, mais toujours au-dessus des niveaux d’avant-crise

L’inflation globale en Afrique subsaharienne a nettement ralenti. En moyenne, l’inflation médiane est passée de plus de 6% fin 2023 à environ 4%, sous l’effet conjugué de la baisse des prix mondiaux des produits alimentaires et de l’énergie, ainsi que du resserrement des politiques monétaires. Néanmoins, dans près d’un cinquième des pays de la région, l’inflation devrait rester bien supérieure à son niveau d’avant la COVID-19 au moins, jusqu’à la fin de 2025.

Au Togo, l’évolution est plus favorable. Après une inflation moyenne de 0,8% sur la période 2018-2019, celle-ci est montée à 6,5% entre 2022 et 2023, avant de refluer. Elle devrait atteindre environ 2% en 2025, soutenue par la baisse des prix des transports, des produits alimentaires et des boissons.

Tensions commerciales et baisse de l’aide extérieure

Le rapport met également en lumière l’intensification des tensions commerciales mondiales, marquée par une hausse significative des droits de douane. Bien que la loi américaine AGOA, arrivée à expiration fin septembre, ait été reconduite en décembre 2025, ses retombées directes sur la région devraient rester modérées, avec un impact inférieur à 1% dans la plupart des pays.

Ces tensions pèseront toutefois sur la croissance mondiale, affectant davantage les pays riches en ressources naturelles. Au Togo, elles pourraient entraîner une baisse des exportations de l’ordre de 0,29 % à court terme. Par ailleurs, l’aide publique au développement bilatérale devrait reculer de 16 à 28% en 2025. Les pays à faible revenu et les États fragiles sont les plus exposés, alors même que leurs marges de manœuvre budgétaires et leurs capacités techniques restent limitées. Les secteurs essentiels comme la santé, l’éducation et l’aide humanitaire apparaissent particulièrement vulnérables.

Une dette élevée qui pèse sur les finances publiques

La question de la dette demeure centrale. Bien que les ratios d’endettement soient globalement stables, ils restent élevés, et les paiements d’intérêts absorbent une part croissante des recettes publiques, au détriment des dépenses de développement. Environ 20 pays de la région sont déjà surendettés ou présentent un risque élevé de surendettement, notamment ceux dont les processus de restructuration de la dette ne sont pas achevés.

Le rapport souligne également la forte exposition des banques à la dette publique. Les titres souverains représentent une part importante des actifs bancaires, une tendance plus marquée en Afrique subsaharienne que dans le reste du monde. Cette interdépendance entre États et banques accroît les risques financiers, même si, au Togo, elle tend progressivement à diminuer.

Accroître les recettes et mieux gérer la dette

Face à ces défis, le FMI recommande de doser finement les politiques économiques, afin de concilier des impératifs parfois divergents. Deux axes prioritaires se dégagent : l’accroissement des recettes internes et l’amélioration de la gestion de la dette. En matière de mobilisation des recettes, des réformes de l’administration fiscale sont jugées essentielles. 

La digitalisation (facturation électronique, déclarations et paiements en ligne), une gestion fondée sur les risques, la protection de l’administration contre les ingérences politiques et une communication renforcée contre l’incivisme fiscal figurent parmi les leviers clés. Sur le plan de la politique fiscale, le FMI préconise la rationalisation de la TVA, la réduction des dépenses fiscales coûteuses, le développement des droits d’accise à finalité environnementale et sanitaire, ainsi que la promotion de la fiscalité foncière encore sous-exploitée.

S’agissant de la dette, la priorité est donnée à la transparence et à une meilleure gouvernance, publication régulière de statistiques complètes et actualisées, communication claire, approbation préalable et enregistrement centralisé de tous les emprunts publics. Ces réformes doivent s’inscrire dans un cadre renforcé de gestion des finances publiques afin de restaurer la confiance des investisseurs et de réduire les coûts d’emprunt.

Des signaux encourageants malgré tout

Selon Racheeda Biukezia, certains signaux sont néanmoins encourageants. La baisse récente des rendements des obligations souveraines, bien qu’ils demeurent élevés depuis la pandémie, témoigne des réformes engagées dans plusieurs pays africains. On observe également des entrées de capitaux sous forme d’investissements de portefeuille, notamment à travers des émissions obligataires sur les marchés financiers.

Le FMI souligne la résilience remarquable de l’Afrique subsaharienne face à des risques multiples, tout en rappelant l’urgence d’approfondir les réformes. Dans un contexte de tensions commerciales accrues et de recul de l’aide extérieure, l’accroissement des recettes domestiques, la gestion transparente de la dette et la poursuite des réformes des finances publiques apparaissent comme les principales clés pour soutenir une croissance durable et inclusive.

Yao KPOWOADAN

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